L'alimentation industrielle et la santé de nos animaux

Le propre des aliments industriels est d’être fabriqué en série. Malgré de prometteuses mentions sur l’emballage, ils ne sauraient donc être adaptés aux «besoins spécifiques de chaque chien».

 A l’heure actuelle, bon nombre de chiens souffrent de problèmes de peau plus ou moins importants toute leur vie durant, de simples démangeaisons aux eczémas chroniques. Ces problèmes cutanées peuvent être les symptômes de différentes pathologies ou agressions extérieures, telle que la pollution, les insecticides, des champignons (teigne) ou des parasites externes (gale, puces, aoûtats), ou bien encore des allergies alimentaires. Avec l’allergie à la salive de puce - se manifestant chez les chiens non ou mal déparasités – les allergies alimentaires sont les causes les plus fréquentes d’eczéma chronique chez le chien. Ce sont aussi les plus fréquemment sous-diagnostiquées par les vétérinaires; et la plupart des maîtres, démunis face au problème de leur animal, finissent par se résigner à des traitements à vie plus ou moins lourds, de la simple lotion apaisante aux injections de cortisone. Pourtant, une mauvaise qualité du poil, des pellicules, un prurit généralisé persistant apparus sans qu’aucune pathologie ou agent extérieur n’ait pu être identifié doit faire penser à une hypersensibilité alimentaire. Cela est d’autant plus vrai si l’on vient de modifier la marque ou le régime alimentaire de son compagnon à quatre pattes, même si, comme chez les humains, une allergie peut survenir à n’importe quel moment de l’existence, parfois sans qu’il y ait eu modification de l’environnement ou des habitudes alimentaires.

Quelle est la cause physiologique d’une manifestation allergique ? Une manifestation allergique est un phénomène de rejet de l’organisme, qui cherche à expulser une substance qu’il ne reconnaît pas et qu’il juge en conséquence nocive. L’allergie n’est donc qu’une réaction protectrice du corps contre un envahisseur.

On sait que la cuisson prolongée des aliments à de hautes températures modifie leur structure chimique en profondeur. Hors, les aliments industriels pour chiens sont cuits longtemps à de très hautes températures (100° et plus). Certains chiens, suite à l’absorption de ces molécules chimiques rendues étrangères par la cuisson, vont développer une réaction allergique. Une alimentation naturelle crue, ou très légèrement cuite, permet de remédier au problème. Hormis ce facteur potentiellement allergisant, les effets néfastes de la surcuisson dans l’alimentation canine n’ont jamais été scientifiquement étudiés. Si on soupçonne depuis plusieurs années la cuisson excessive des aliments d’être la cause de cancers chez l’être humain, aucun chercheur ne s’est posé la question de savoir ce qu’il en était des effets de cette surcuisson sur la santé de nos animaux domestiques.

Ce que l’on sait en revanche, c’est que la cuisson rend la viande moins assimilable pour le chien, car elle détruit une grande partie des éléments naturels qu’elle contient.

Les enzymes digestives présentes dans la viande crue facilitent la digestion et, avec les antioxydants, aident à lutter contre les effets du vieillissement. Ces enzymes et ces antioxydants sont entièrement détruits par la cuisson. La destruction des enzymes contenues dans la viande fraîche entraîne une fatigabilité accrue des organes digestifs, cause de pathologies comme l’insuffisance pancréatique, le diabète ou la pancréatite. L’altération des antioxydants, quant à elle, accélère le vieillissement et favorise l’apparition des maladies dégénératives qui y sont associées, comme le cancer, les maladies rénales et cardiaques ou l’arthrite.

Enfin, la cuisson détruit totalement les vitamines fragiles, comme les vitamines A, B et C, essentielles au bon fonctionnement de l’organisme. Ces vitamines, les fabricants d’aliments industriels doivent donc les recréer synthétiquement pour les incorporer à leur produit en bout de chaîne. Parmi les vitamines de synthèse utilisées aujourd’hui existe la vitamine K3 ou ménadione. La vitamine K, essentielle au processus de coagulation sanguine, ne se trouve à l’état naturel que dans une très petite quantité d’ingrédients, raison pour laquelle les fabricants utilisent sa forme synthétique. Il faut pourtant savoir que la ménadione est connue pour ses effets toxiques sur le foie. A telle enseigne que son usage dans les produits destinés à la consommation humaine a été strictement interdit par plusieurs gouvernements dans le monde.

L’excès de céréales

Indépendamment des transformations chimiques induites par la cuisson et l’ajout de compléments de synthèse, la nature même des matières premières utilisées pour la fabrication des aliments industriels est à la source de nombreux troubles digestifs. Les flatulences quotidiennes, la mauvaise haleine, une très forte odeur de fermentation au niveau des selles, des selles malformées, parfois jusqu’aux diarrhées chroniques, sont les symptômes courants d’une intolérance digestive. De très nombreux chiens présentent ce type de symptômes à des degrés divers et leurs maîtres, en l’absence d’informations, considèrent souvent comme normal l’odeur pestilentielle qu’émet leur animal lorsqu’il excrète des gaz ou de la matière. En réalité, ces troubles sont le signe d’une hypersensibilité digestive extrêmement fréquente aux céréales comme le soja, le blé et le maïs, produits qui constituent la base protéinée et fibreuse des aliments préfabriqués pour chiens.

Quelles conséquences l’ingestion massive de céréales a-t-elle sur la santé de nos chiens ? Indépendamment des réactions allergiques qu’elles peuvent provoquer, les céréales contiennent une grande quantité d’hydrates de carbone (glucides) qui modifient le PH de l’estomac (font baisser l’acidité), augmentent la fermentation intestinale (favorisent le développement de parasites internes et la prolifération des gaz) et rallongent le processus digestif (d’où une stagnation des aliments dans le tractus digestif qui constitue un risque accru de pathologies graves comme les torsions d’estomac et les cancers). En effet, la transformation des hydrates de carbone en sucre demande au pancréas du chien un effort très important. Lorsqu’un chien mange quotidiennement une grande quantité de céréales, son pancréas travaille jour après jour des heures durant. Il s’use et se fatigue prématurément, d’où l’apparition fréquente et plus ou moins précoce d’inflammations du pancréas pouvant conduire à une insuffisance chronique et à la mort de l’animal. L’insuffisance pancréatique est d’autant plus redoutable que ses symptômes (selles malformées, pâles et nauséabondes, soif intense, fatigabilité accrue) sont souvent peu spectaculaires et n’amènent pas le maître à consulter en temps et en heure. Elle est donc souvent mal ou non diagnostiquée, alors qu’une alimentation adaptée pourrait prolonger dans de bonnes conditions la vie du chien qui en souffre, de quelques mois à plusieurs années pour les cas les plus précoces. Il n’est jamais trop tard pour bien faire : les régimes maison, à condition qu’ils soient alors élaborés avec l’aide d’un vétérinaire, sont particulièrement aptes à répondre aux besoins d’un chien malade, tout simplement parce que, contrairement aux aliments tout prêts, ils permettent de s’adapter à la problématique de chaque individu.

La perte de l’instinct de choix

Un autre problème lié à l’alimentation commerciale d’un chien, c’est la perte de l’instinct de choix, qui fait qu’un animal sauvage va naturellement privilégier les produits dont son organisme a besoin. Les aliments  préfabriqués contiennent différents exhausteurs de goûts, dont une quantité de sel souvent supérieure à ce qui est nécessaire à l’organisme. La cuisson participe d’ailleurs grandement à l’exhalaison des saveurs alimentaires. Le chien apprécie ses croquettes ou ses boîtes car leur odeur et leur goût créent une dépendance comportementale. C’est une forme d’addiction qui favorise la vente des aliments industriels, car les maîtres se fient tout naturellement au bon appétit de leur animal.

Le risque de déséquilibre nutritionnel

Un célèbre fabricant français d’alimentation industrielle pour chiens et chats a publié sur son site Internet un texte intitulé « Les dangers de la viande crue ». Ce texte reprend pêle-mêle l’idée que la viande crue contient des micro-organismes dangereux pour l’homme et le chien, qu’un régime composé de viande  rue et d’aliments végétaux n’offre qu’un piètre équilibre nutritionnel - mais reconnaît en même temps que le régime d’un canidé à l’état sauvage, qui mange la viande de ses proies, ainsi que les os et les abats, « ressemble à une diète équilibrée » - et enfin que les bienfaits supposés de la viande crue sont de l’ordre du mythe, un « mythe soudainement apparu » qui ne reposerait sur aucun fondement scientifique.

Si j’ai jugé utile de reprendre les grandes lignes de ce document, c’est parce qu’il reprend les craintes et les interrogations qui s’imposent fréquemment à un Barfer débutant. Il constitue donc un excellent support à un début de réflexion sur le sujet. Reprenons les éléments de ce texte un par un. Les micro-organismes contenus dans la viande crue, tout d’abord. Le milieu gastrique d’un canidé qui vient d’ingérer de la nourriture a un PH très bas (1 contre 2 à 5 chez l’être humain) (1), c’est-à-dire qu’il est extrêmement acide. Cette acidité créée un milieu défavorable au développement de la plupart des mauvaises bactéries et parasites internes qui peuvent se trouver dans les produits crus d’origine animale. En fait, l’agressivité du suc gastrique et des mouvements péristaltiques de l’estomac d’un carnivore permet une désagrégation rapide des aliments, puisque la totalité du processus de digestion, chez un canidé ingérant des aliments biologiquement adaptés à sa nature, dure de 4 à 6 heures, contre 10 à 15 heures pour celui qui est nourri à l’alimentation industrielle. Bactéries et parasites internes n’ont donc que peu de temps pour « faire leur nid » dans l’organisme de leur hôte potentiel. Ce qui ne signifie pas que le risque est nul. Certains adeptes de la diète BARF pêchent par excès d’enthousiasme en affirmant que le risque de pathologie liée à l’ingestion de viande crue est égal à zéro, ce qui est faux. Le risque zéro n’existe pas, quel que soit le domaine considéré, d’où l’importance de se documenter correctement avant de faire le choix de nourrir son compagnon à quatre pattes de telle ou telle manière. Sachez cependant que de récentes études statistiques (cf. article Etudes et Statistiques) ont démontré que le risque de pathologies graves lié à l’ingestion d’aliments industriels était plus élevé que le risque de pathologies graves lié à l’ingestion de produits frais. Les désordres liés à la consommation de nourriture industrielle sont plus insidieux car ils évoluent souvent de manière asymptomatique et ne sont décelables que sur le long terme, voilà tout.

Un bon équilibre nutritionnel est fondamental pour la santé et la longévité de nos animaux (et pour la nôtre !). S’il est exact de dire qu’une ration ménagère qui serait composée uniquement de viande crue (muscle) et de légumes ou de céréales serait déséquilibrée et conduirait à occasionner des carences dans l’organisme, la diète BARF, qui inclue tous les éléments dont se nourrit un canidé à l’état sauvage, permet d’apporter à son chien l’ensemble des nutriments nécessaires à son développement et au maintien d’une bonne santé. Tout comme les canidés sauvages, le chien Barfer ingère de la viande mais aussi des os, des abats, des végétaux (légumes, fruits) et, selon les écoles, des compléments alimentaires (œuf, algues, levure de bière etc.). Comme le souligne Manon Bonneau dans son livre « Viande à Chien », les clefs d’un bon équilibre nutritionnel sont la « variété » et la « modération ». Alors même que les géants de l’industrie alimentaire pour animaux essaient de nous convaincre que manger chaque jour la même chose tout au long d’une vie est bon pour la santé, il ne faut pas perdre de vue que seule une alimentation variée permet de couvrir l’ensemble des besoins de l’organisme des mammifères, qu’ils soient omnivores, carnivores ou herbivores. Les antilopes ne mangent pas toujours la même espèce de plante, de même que les loups ne chassent pas qu’une seule sorte de gibier. Pourquoi, dans ce cas, considérer que le chien doit toujours manger la même sorte de boîte ou de croquettes ? La réponse est simple. Les industriels de l’alimentation canine nous ont convaincus, à grands renforts de publicité, que le système digestif du chien, contrairement au nôtre, ne supportait pas les changements d’alimentation. La variété et le changement seraient la cause de désordres digestifs en tout genre et donc l’ennemi de la santé de nos compagnons à quatre pattes... Oui, me direz-vous, mais « la dernière fois que j’ai donné à mon chien une nouvelle marque de croquettes, il a été malade. Mon vétérinaire m’a d’ailleurs confirmé que modifier le régime alimentaire de mon chien risquait de le rendre malade... ». Réfléchissons ensemble. Si on élevait sur plusieurs générations des enfants humains en leur donnant pour seule nourriture le même condensé préfabriqué de céréales jour après jour, il y a fort à parier qu’ils tomberaient malades de se voir proposer soudain un fruit frais ou une côtelette d’agneau... Cela ne signifierait pas que leur organisme est biologiquement inadapté à la digestion des fruits ou de la viande, mais que leur système digestif, jusqu’ici privé de ces éléments pourtant essentiels à leur bonne santé, a besoin d’un temps de réadaptation pour réapprendre à les exploiter. Le processus est le même pour nos chiens domestiques, nourris aux aliments industriels depuis vingt-cinq générations (2). Personnellement, comme des milliers de Barfers à travers le monde, je donne à mon chien des repas composés chaque soir d’aliments différents : cuisses de poulet, foies de volailles et purée de tomates et d’épinards un soir, cœur et queue de veau, purée de salade, de carotte et de pommes vertes un autre soir etc. Et depuis qu’il bénéficie de ce régime, il n’a plus jamais eu de désordres digestifs.

Je terminerai ce paragraphe par une invitation à la réflexion. Pour convaincre leurs clients de leur rester fidèles, les fabricants industriels avancent le fait qu’il n’existe aucune "preuve scientifique" que les régimes à base de viande crue conviennent à un chien. Tous les canidés - chiens, loups, coyotes, renards – se nourrissent de viande crue depuis la nuit des temps : est-ce vraiment à la nature de prouver qu’elle a raison ?

La moindre résistance du système digestif face aux changements de régime

L’idée que le système digestif d’un chien est incapable de s’adapter aux variations alimentaires est relativement récente. En fait, sa progression a suivi l’expansion du marché des aliments industriels pour animaux domestiques... Pour preuve, voici ce que l’on pouvait lire en 1924 - soit une trentaine d’année avant l’apparition des aliments industriels pour chiens - dans un hors-série du mensuel Vie à la Campagne intitulé Le Parfait Vétérinaire Chiens et Chats :

"Variez souvent la nourriture pour stimuler l’appétit et les fonctions digestives. Retenez qu’un régime uniforme provoque le dégoût des aliments et exerce une action dépressive sur le fonctionnement stomacal et intestinal." (3)

Car voilà bien un autre problème de l’alimentation industrielle pour animaux : un chien nourri jour après jour avec le même produit voit la faculté d’adaptation de son système digestif s’amenuiser très rapidement... ce qui explique la fragilité digestive de la majorité des chiens domestiques : vomissements et diarrhée dès que l’animal avale un aliment inconnu comme des restes de tables, des déchets divers rencontrés au cour d’une promenade, voire une nouvelle marque d’aliment industriel... Un chien habitué dès son jeune âge à manger des aliments variés peut plus facilement supporter de tels écarts de régime et voit son système digestif et immunitaire se renforcer.

Les parodontoses (pathologies dentaires)

Plaque dentaire, tartre, déchaussement des dents etc. D’après le vétérinaire australien Tom Lonsdale, 85% des chiens et chats nourris à l’alimentation industrielle développeraient une parodontose.

D’où l’utilité pour le chien de ronger des os crus qui, lorsqu’ils sont charnus (c’est-à-dire entourés de viande), présentent beaucoup moins de risques d’accidents digestifs que certains articles en peau de buffle ou en corne vendus dans le commerce. A noter : les croquettes ne permettent pas cet entretien des dents, d’abord parce que la plupart des chiens les avalent sans mâcher, ensuite parce que contrairement à ce qu’affirment certaines publicités, leur texture n’est pas assez dure pour avoir une action mécanique abrasive sur la plaque dentaire.

_________________
1) En fonction de l’âge : les nourrissons ont un PH gastrique proche de la neutralité, qui se situe à 7
2) On estime qu’une génération de chien couvre 2 à 3 ans, contre 25 ans chez l’être humain
3) Vie à la Campagne, numéro extraordinaire Le Parfait Vétérinaire Chiens et Chats, juin 1924, p. 8

Régime BARFRégime Raw FeedingConvient pour les chiensConvient pour les chatsConvient pour les furets

Un extrait du Guide BARF
Auteur : Laurence Caro
License :
Contrat Creative Commons

Newsletter

Abonnement à la Newsletter